Reconstitutions des Données Météorologiques aux Comores

Reconstitutions des Données Météorologiques aux Comores

Ces dernières années, des catastrophes météorologiques continuent de secouer les Comores.  Les intempéries continuent de  provoquer des inondations qui à leurs tours causent des dégâts excessifs dans différentes localités et régions du  pays. Les pertes physiques et économiques sont énormes et ce qui est encore plus alarmant est le faite que ces intempéries paraissent s’intensifier d’une année à l’autre, et que chaque année, des nouvelles régions sont touchées. A cela, s’ajoute la problématique du faite que le pays n’est pas aussi équipé pour faire face à des catastrophes pareilles et à répétition, tant sur le plan économique, en équipements, et aussi en ressources humaines qualifiés.

Des propositions ont émergé des plusieurs assises regroupant la communauté internationale et les acteurs locaux mais aussi d’autres individus soucieux de ce qui se passe dans leur pays (ex http://consommateurkm.com/?p=547). On trouve comme dénominateur commun parmi ces propositions l’étude de ces phénomènes pour bien les comprendre et ensuite trouver des solutions ou des stratégies d’adaptation.  Toutefois, pour comprendre ces phénomènes, il est indispensable d’avoir des données pertinentes.  Nul n’ignore combien les données sont importantes pour la recherche, et la prise de décisions à tous les échelons et dans tous les domaines. Dans le monde d’aujourd’hui, avec la capacité de calcul et de stockage des ordinateurs et des serveurs,  des millions de dollars sont dépensés  pour collecter une quantité énorme de données partout dans le monde dans le besoin de mieux comprends les phénomènes océaniques, atmosphériques, et terrestres et ainsi prendre les meilleurs décisions, non seulement dans l’éventualité des urgences mais encore plus important aussi pour planifier, anticiper et se préparer aux évènements futurs.

Durant les cinq dernières années, je n’ai pas cessé de réclamer une politique d’engagement de l’Université des Comores, pour la collecte de données aux Comores, vu leurs raretés et leurs importances dans la recherche et la prise de décisions.  Alors je ne pouvais que me réjouir en lisant l’article du journal Al-watwan du 23 aout 2013 en ligne sur un projet de reconstitution des données météorologiques couvrant la période de 1928 à 1990 (http://www.alwatwan.net/index.php?home=actu.php&title=Reconstitution-des-donnees-meteorologiques-couvrant-la-periode-de-1928-a-1990&actu_id=5619).  Tout comme l’article l’a mentionné, je ne peux pas expliquer combien ce projet est important pour comprendre les phénomènes météorologiques et hydrologiques du pays qui ont besoin d’être étudiés et compris.  Mon « militantisme » pour l’aide des pays en voies de développement pour la collecte de données surtout, les données météorologiques et hydrologiques m’a valu le prix du prestigieux McClure Scholarships for the Study of Wordl Affairs  en 2010 (http://www.utk.edu/tntoday/2010/05/10/44-ut-students-receive-scholarships-study/).  Ces fonds m’ont permis de me rendre aux Comores pour discuter avec les acteurs locaux pour ouvrir des canaux de communication et de partenariat pour tacler ensemble ce challenge.  Les deux mois de mission que j’ai passés au pays étaient riches en contactes humains, mais malheureusement rien n’a avancé au-delà des « rituels » cordiales. Ci-jointe, une copie de sommaire exécutif du projet que j’avais soumis (en Anglais).

Ce projet du PNUD est très important pour les Comores, et je ne peux que féliciter ceux qui en sont en charge.  Toutefois, nous sommes en 2013, donc 23 ans après la fin de la période de ces données.  Donc même si on travaille dans une échelle temporaire d’une décennie, on peut imaginer qu’il y a un grand vide à combler s’il s’avère que vide il y en a entre 1990 et 2013.  Cependant, aujourd’hui, il existe des techniques utilisées dans la reconstitution de données historiques : Il y a la dendrochronologie, et aussi les températures à la surface des océans.

Les chercheurs ont trouvé que certains arbres sont des vraies archives du climat de la région où ils se trouvent. La forme, l’espacement, et d’autres aspects de leurs anneaux conservent des informations sur la température, la pluviométrie, et les feux de forêt, parmi d’autres variables pour une période couvrant l’Age de l’arbre (figure 1).

Figure 1Certains arbres aident à produire des données d’une période allant jusqu’au 8eme siècle (figure 2). La dendrochronologie est donc la science qui étudie les anneaux des arbres pour soutirer les informations, et dans ce cas-ci, climatiques, dendroclimatologie, et hydrologiques, dendrohydrologie. Des travaux
pourraient être entrepris aux Comores pour trouver des sites adéquats où des arbres pourraient révéler des informations pour combler les périodes manquantes et aussi rallonger la période de données. Toutefois, comme les anneaux ne se forment qu’une fois par an, les données qui en découlent ne sont aussi que des données annuelles. Ce qui est aussi important pour comprendre les changements tout au long de la vie de l’arbre.

Figure 2 : Reconstruction du débit du Colorado River (Woodhouse et al.)

Un autre alternatif est l’utilisation des températures à la surface des Océans.  Différentes relations ou télé-connections ont été observé entre les phénomènes oceano-atmospheriques tels que El-Niño/La Niña, et l’hydrologie de plusieurs régions.  Ces phénomènes contrôlent par exemple les Moussons en Asie, la sécheresse en Australie, et les variabilités climatiques de plusieurs endroits dans le monde entier.  Les Océans, en couvrant la majeure partie du globe, jouent un rôle très important dans les circulations atmosphériques globales.  L’étude de la variabilité des températures à la surface de l’eau peut aussi donner informations très importantes sur la variabilité du climat et de l’hydrologie des régions qui sont influencées par ces phénomènes océaniques à grande échelle. Les relations ainsi établies entre ces phénomènes et l’hydrologie locale sont ainsi appliquées dans les prévisions hydrologiques. Des données sur les températures globales à la surface des océans sont disponibles par mois pour une période allant jusqu’en 1845 (Figure 3).

Des données fiables peuvent non seulement aider à comprendre les effets des changements climatiques mais aussi à attribuer les effets dus à la variabilité climatique.  En effet, le climat subit des variabilités qui sont dues aux complexes dynamiques des circulations atmosphériques et des océans.  Ceci entraine aussi des variabilités sur l’hydrologie de certaines régions de la terre.  Certes, ces dernières années, des symptômes relatifs aux changements climatiques, tels que le changement des périodes et la fréquence de la pluviométrie et les longues périodes de sècheresses, deviennent de  plus en plus évidents aux Comores, il y a néanmoins des changements qui pourraient être attribués à la variabilité du climat comme c’est illustré sur la Figure 4.


Figure 4 : Variabilité des précipitations dans les données recueillies sur des stations météorologiques à Ngazidja, Mwali, et Ndzuwani (Oubeidillah)

 

 

 

 

 

 

 

Sur la Figure 4, on peut remarquer que les deux courbes, annuelle et décennie, de chaque station présentent presque les mêmes tendances; une augmentation des pluies jusqu’en 1979-1980 suivie d’une

chute des précipitations. Ce qui laisse penser à une oscillation de la pluviométrie qui pourrait être liée à un forcing à l’échelle globale. Des données couvrant une longue période pourraient aider à la dissociation du signal des changements et de la variabilité climatiques.

J’ose espérer que ce projet est le début d’une grande poussée de collecte de données dans tous les domaines, sol, air, eau, etc. et que ces données vont être mises à la disposition des chercheurs et operateurs pour servir à la compréhension des processus climatiques et hydrologiques de notre milieu.